Voyage Californie & Oregon 2017 – Jour 5 : En route pour Portland

Nous quittons Monterey…

Grosse tristesse…

Faut dire que c’est exactement le genre de lieu que j’apprécie. La vie y semble plus douce. Bien sûr, c’est le point de vue d’un touriste privilégié.

Je les vois les SDF un peu partout. Je ne sais pas si c’est à cause du climat (il fait beau toute l’année), mais beaucoup de personnes vivent dans les rues, les coins de forêts ou même sur la plage, se fabricant des abris de fortune…

Nous avons réservé une navette pour nous emmener à l’aéroport de San Francisco et ensuite rejoindre Portland. C’est un minibus immense, très confortable, si bien que dès qu’il se met à rouler, les sièges qui semblent être posés sur ressorts, se mettent à bouger dans tous les sens, pire que sur un bateau… Me voilà, en quelques secondes, avec un putain de mal de mer. Je m’étais à peine remis de la sortie baleine que c’est reparti. Ça va sans doute durer toute la journée. Je ferme les yeux pour essayer de dormir.

Les routes de Californie sont en mauvais état. J’avais lu un livre d’Eloi Laurent, intitulé Nos Mythologies Economiques, qui pointait du doigt les routes de cet état (entre autres choses). Malgré les plus riches entreprises du monde, les caisses de Californie sont « vides », si bien que les routes sont très mal entretenues. La faute à des entreprises qui préfèrent dépenser leur argent à ne pas payer d’impôts plutôt que participer à l’effort commun. C’est d’autant plus déplorable que ces entreprises jouissent comme tout le monde des efforts collectifs des autres…

Marrant, quand on y pense, que des entreprises qui se targuent d’améliorer le monde, préfèrent dépenser de l’argent à nous le faire croire qu’à nous le démontrer.

La lecture de ce livre m’avait ouvert les yeux sur pas mal de choses. Il est très accessible. L’auteur, économiste à l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE) et qui enseigne à Sciences Po et à l’université Stanford (en Californie dans la Silicon Valley), déconstruit ce qu’il appelle les mythes de l’économie. Il explique par exemple (je fais court, je suis en vacances) que le néolibéralisme est purement un dogme jamais remis en questions par ses adorateurs, ce qui donne des situations complètement idiotes comme faire peser la charge des dépenses publiques aux plus démunis. En me rappelant les pages du bouquin, je me souviens de mes courts d’Histoire à l’Université lorsqu’on avait étudié la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Beaucoup de personnes opposées à cette séparation estimaient qu’on ne pouvait pas faire de politique sans religion. Alors je me demande, les yeux fermés sur une route cabossée de Californie, si la prochaine évolution politique n’est pas la séparation de la Finance et de l’Etat. Imaginons un monde où chaque décision politique ne serait prise sans aucun conseil économique ou financier. Est-ce qu’il pourrait être pire que celui-ci? Pas sûr.

Je ne m’endors pas, je passe 2 heures les yeux fermés… à refaire le monde avec plus ou moins de jugeote. Je pense à Monterey, sa faune, son climat. Je repense à l’anniversaire de ma chérie, les baleines, les phoques, les lions de mer. Je pense à la suite de nos vacances. Je pense même un peu au boulot puis je chasse rapidement ces pensées. Rien ne doit troubler la quiétude de mes vacances, sinon ces envahissantes nausées.

A l’aéroport, nous pique-niquons dans un coin, sur une table basse. Nous avons pris des salades à Trader Joe’s, un supermarché bio qu’on trouve en Californie (et sans doute ailleurs). C’est pas mal, ça dépanne, ça nous a fait quelques repas, nous évitant d’aller systématiquement au restaurant.

Manger me fait du bien, mais la nausée est toujours pressante et je commence à craindre d’être malade tout le voyage. Je m’imagine déjà raconter mes vacances à mes proches:

– Alors c’était comment ces vacances?
– Nauséeux.
– Et à part ça?
– A part ça, je ne veux plus JAMAIS sortir de chez moi!

Spoiler alert, j’ai toujours envie de sortir de chez moi!

L’avion a 30 minutes de retard. Le vol se passe bien néanmoins. Je ne fais pas de malaise, pas de perte de conscience, je suis soulagé. Je croise les doigts pour que ça dure!

A Portland, nous quittons l’aéroport à l’aide d’un tramway/train qui doit nous amener à un bus qui lui-même nous amènera à l’auberge de jeunesse.

Dans le wagon, un homme laisse gentiment sa place à mon amoureuse surchargée avec son gros sac à dos. Elle refuse. Il insiste.

Il nous demande où nous allons, nous lui expliquons, il nous dit qu’on est dans le bon train et qu’il prend le même bus que nous et qu’on a qu’à le suivre.

Bien sûr, comme j’ai vu trop de films et de séries, j’imagine qu’il va nous emmener chez lui, trouver un prétexte pour nous montrer sa cave, que nous allons y descendre et qu’il va nous massacrer à coup de hache ou de serpillière.

Il nous raconte qu’il est venu en France plusieurs fois, nous dit quelques mots en français, il semble très gentil, il a tous les traits du serial killer, revient de Las Vegas où il avait une conférence avec sa boîte qui développe des logiciels pour les entreprises. C’est un foutu nerd, y’a de forte chance qu’il soit célibataire et qu’il tue des touristes un peu trop naïfs. Mais on ne me la fait pas à moi, j’ai vu trop de films et de séries.

Il a une fille de 18 ans, est marié, ma théorie du vieux célibataire serial killer s’effondre. Elle entre à l’université et elle aimerait bosser pour le divertissement à la télévision, surtout les séries télé si j’ai tout bien compris. Tiens, je ne serais pas étonné qu’il soit fan de Dexter ou de Bates Motel.

Je me méfie, mais en fait, ce mec est adorable. Il s’appelle Michael, nous serre la main, nous donne sa carte de visite avec son numéro personnel au cas où on aurait besoin de quoi que ce soit. Il nous propose de lui envoyer un email pour aller boire une bière ensemble. Il rajoute que Portland est la ville qui a le plus de brasseries aux Etats-Unis, peut-être même dans le monde, je n’en sais rien à vrai dire, je n’ai pas bien compris. Mais y’en a beaucoup.

Cet accueil et cette gentillesse nous touche beaucoup et nous acceptons de dormir finalement chez lui, apparemment, sa cave à vin vaut le coup d’oeil… (Maman, je plaisante…).

Faut dire que nous sommes étonnés par cette gentillesse. J’ai toujours eu la prétention d’être un gentil, mais là, je suis battu à plat de couture (note pour plus tard: se renseigner sur l’expression à plat de couture)! Car en plus d’être gentils, ces personnes que nous rencontrons sont avenantes et désintéressées. C’est très agréable!

Nous logeons donc dans une auberge de jeunesse qui se trouve sur Hawthorne Boulevard, une rue remplie de restaurants, de food carts (littéralement des chariots à nourriture) et de boutiques en tout genre.

Nous sommes dans un quartier relativement branché et résidentiel, avec des maison en bois et un escalier qui mène à l’entrée et à une terrasse, tout comme dans les films. Ces maisons sont vraiment superbes, bien entretenues, entourées de verdure. Cela donne un charme fou à la ville.

Certaines de ces maisons sont transformées en boutiques, restaurants, ou en auberge de jeunesse comme la nôtre.

Notre chambre semble au 1er abord très confortable, sauf qu’on entend tout ce qui se passe à l’extérieur, et nous donnons sur la rue.  La menuiserie ne touche pas le mur par endroits et la fenêtre est mal posée. C’est un merdier sans nom. Nous comprenons pourquoi ce n’était pas cher. Nous nous demandons si nous allons réussir à dormir.

Nous ressortons et remontons le boulevard. Nous avons vu une crêperie bretonne et ça nous semble parfait après une journée de voyage. La crêperie bretonne semble tenue par un Basque à en croire les affiches de saint Jean de Luz et les références aux Pyrénées Atlantiques. C’est bon. Très bon même. Seul le cidre est un peu décevant. Je ne veux pas faire de chauvinisme primaire, mais le cidre semble quand même meilleur chez nous. Ou alors, je suis trop habitué à mon cidre et quand je change, ça ne me convient pas. C’est sans doute ça, mais je préfère être chauvin quand même.

Il est temps de dormir, ces journées de transition ne sont jamais les plus intéressantes. Nous nous couchons avec le « doux » son du boulevard. Mon amoureuse met ses boules Quies, je mets mes écouteurs. Je me choisis un peu de jazz pour m’endormir, John Coltrane. Vous ai-je déjà parlé de mon amour pour John Coltrane? Un jour peut-être…

Nous nous endormons, mais pas très longtemps… Le soleil semble se lever dans notre chambre. Ah oui, y’a pas de volets…

2 comments On Voyage Californie & Oregon 2017 – Jour 5 : En route pour Portland

  • je ne sais pas pourquoi tu dis que les journées de transition ne sont pas intéressantes parce que je le trouve très riche ce billet !
    d’abord avant que j’oublie est ce que tu sais que Here and Now (la série avec Tim Robbins dont je t’ai parlé) se passe à Portland ? (bon on ne voit pas grand chose de la ville mais quand même)
    ensuite ce que tu dis sur l’état des routes cela montre juste que dès si l’état ne fait pas son job, il ne faut pas compter sur la bonne volonté des entreprises pour le faire (et que pour la plupart des hommes, avoir de l’argent, encore plus d’argent est ce qui est le plus important alors qu’il est « prouvé » scientifiquement que ce n’est pas cela qui rend le plus heureux)
    et puis je suis épatée par la gentillesse de Mickaël (moi aussi je me serais méfiée, ce qui est un peu triste en même temps car en plus je ne regarde pas de films d’horreurs qui pourraient m’influencer)
    sans transition, et concernant ton mal des transports assez constant et envahissant, est ce que tu as envisagé un jour d’essayer l’acupuncture (en allant chez quelqu’un qu’on te recommande et pas au hasard),, il y a petit juste un point (d’acupuncture) chez toi qui est facilement en déséquilibre (bon c’est juste une hypothèse)
    et maintenant j’ai hâte de lire la suite (et j’ai encore plus envie de voyager, la grosse frustration du moment ))

  • Merci pour ton commentaire!
    Je trouve que c’est moins intéressant parce qu’au fond, je n’ai pas fait/vu grand chose ce jour là et que je n’ai même pas pris de photos (oui ce sont des photos d’autres jours, je triche!).
    Du coup, j’ai essayé de rajouter quelques petites choses et faire appel à ma mémoire sur ce que j’ai bien pu penser. Heureusement, je me suis tenu à écrire ce journal tous les jours durant mes vacances, donc je n’oublie rien! Bon après, il faut recopier. Du coup, pour Rome, je pense le taper directement sur ma machine à écrire! 😉
    Ah non, je ne savais pas pour Here and Now que ça se passait à Portland! C’est en effet un argument pour me convaincre!
    L’acupuncture, non, on ne m’en a jamais parlé… Bon après, avoir des aiguilles sur tout le corps… Bon si c’est juste une aiguille qq part, pourquoi pas. Non, va pas croire que je suis douillé, je suis juste sensible! 😉
    J’essaierai d’écrire la suite avant de partir, mais je tiens quand même à le raconter entièrement. ça serait dommage, j’ai tout bien noté!
    Allez courage, l’été va vite arriver et tu pourras voyager (oui, je sais, c’est facile à dire…).

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