L’ami perdu de vue (Quelque part)

Le temps était passé et j’avais perdu de vue mon ami. Rien de grave, des choses qui arrivent trop souvent. Mais je l’aimais bien cet ami. Parfois, je pensais à lui et je me disais que je devrais le contacter pour aller boire un verre. Il me montrerait des photos de ses jeunes enfants sur son téléphone pourri car il ne prenait jamais soin de ses affaires. Nous parlerions ensuite de nos souvenirs communs et nous nous promettrions de nous revoir bientôt.

Je repensai à la dernière fois où nous nous étions vus… Nous étions allés dans un restaurant chinois et comme à notre habitude, nous avions parlé foot, musique et politique.

Nous ne supportions pas la même équipe, moi les Girondins de Bordeaux, lui l’Olympique Lyonnais. Nous arrivions néanmoins à nous entendre sur les équipes à exécrer. Nous détestions tous deux le PSG et l’OM, parfois le foot italien aussi, juste pour nous venger un peu de la finale de la coupe du monde 2006.

Nous n’écoutions pas la même musique. Moi plutôt rock et jazz, lui plus ouvert, écoutait de tout. Nous partagions nos dernières découvertes mais personne ne retenait les noms. Comme toujours, dès que ça parlait électro, je n’arrivais pas à suivre. Nous nous rejoignions néanmoins sur le fait que nous ne supportions pas la variété française.

Nous n’avions pas les mêmes idées politiques non plus. Moi très à gauche, mon ami plutôt au centre. Je lui reprochais son manque de conviction quand il me reprochait mon radicalisme. Nous étions d’accord sur au moins deux choses: nous abhorrions tous deux Sarkozy et l’extrême-droite.

Maintenant, mon ami est mort. Il s’est effondré devant ses deux enfants lors d’une balade en ville.

Nous n’avons désormais plus rien à répugner ensemble. Cela me rend très triste. Je suis sûr qu’il détesterait Macron autant que moi.

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