Top 5 de mes BD préférées

Je ne sais pas ce qu’il m’a pris… Je me suis dit: « Hey, si tu faisais un top 5 de tes BD préférées, ça ferait un article vachement chouette (ou taureaument hiboux)! Sauf que c’est un sac de noeuds à n’en pas savoir qu’en faire! J’ai fini par faire un choix, injustifibale au demeurant tellement je laisse derrière mois tant de classiques, tant de chefs d’oeuvres. Mais tant pis, c’est le jeu, il faut faire des choix. Alors à défaut d’être vraiment mes préférées, se sont certainement des oeuvres qui m’ont marqué, parfois bouleversé, mais surtout qui m’ont fait aimé encore plus la BD (comics et mangas compris).

5) Bone, de Jeff Smith

Il serait difficile de résumer les plus de 1300 pages de cette bande dessinée. Riche d’une histoire épique et originale, Bone se passe dans un univers médiéval-fantastique. Tout commence alors que Fone Bone, Phoney Bone et Smiley Bone (tous cousins), quittent Boneville à cause de quelques entourloupes de Phoney, toujours prompt à faire passer son argent avant les besoins des autres. Ils se retrouvent tous les trois dans un monde où humains, rats-garous, dragons et autres créatures se côtoient tant bien que mal. Les pérégrinations des Bone mènera à une guerre entre les forces du Mal et du Bien.

Dans Bone, il y a du Seigneur des Anneaux, de l’héroïc-fantasy, des légendes, des secrets, un dessin d’une beauté incroyable, et surtout, un artiste derrière tout ça, à l’imagination folle, qui a su tenir ses lecteurs en haleine malgré la taille inhabituellement exceptionnelle de son récit, et qui a par ailleurs édité seul son travail aux Etats-Unis (les éditeurs ne voulant pas de son travail jugé mauvais) sous la forme de comics d’une trentaine de pages en 55 volumes entre 1991 et 2004 (Source Wikipédia)!!!

Tout en noir et blanc (une édition française a été coloriée chez Delcourt, à éviter), Jeff Smith nous fait voyager dans un univers merveilleux, logique, intelligent, surprenant, et terriblement addictif. C’est véritablement du grand art, une BD à lire et à posséder absolument!

4) Le Grand Pouvoir du Chninkel, de Van Hamme et Rosinski

J’avais 16 ans lorsque j’ai découvert le Chninkel dans une librairie près de Lyon, aujourd’hui disparue. J’avais une petite habitude le vendredi soir en sortant des cours (où j’étais terriblement malhereux), je filais à la bibliothèque me prendre des BD, et de temps en temps, si j’avais reçu mon argent de poche, j’allais dans l’unique librairie de la ville chercher quelques BD (il avaient trois bacs en bois qu’ils renouvelaient régulièrement) ou quelques romans pas chers (c’est ainsi que j’ai découvert Les Derniers Hommes de Pierre Bordage, vendus à 10 Francs en Librio). Si je m’attarde sur la découverte de cette BD, c’est parce qu’elle a fondamentalement bouleversé mon rapport à ce média. Bercé à Astérix, à Spirou ou à Gaston, j’ai découvert plus tard les Thorgal, XIII, Lanfeust, toutes des BD de très bonnes factures (à leurs débuts), mais qui n’avaient rien de révolutionnaire. C’était comme regarder un bon film bien fichu, prendre du plaisir, mais pas autant que devant Rencontres du Troisième Type ou Apocalypse Now.

Lorsque j’ai ouvert le Grand Pouvoir du Chninkel, j’ai d’abord été marqué par le dessin. Le choix du noir et blanc apporte à l’ensemble de l’oeuvre une noirceur et un réalisme incroyable, d’autant plus pour un récit d’heroic-fantasy. Convaincu que je devais l’acheter, je n’ai pas lâché la BD jusqu’à la dernière page! Entre le récit passionnant du Chninkel, l’univers fantastique, violent et original, l’implémentation de légendes pertinentes, ce bouquin est suprenant! D’autant plus, que remis dans son contexte, ce livre a chamboulé le monde de la BD en donnant une place de choix à l’héroic-fantasy, la faisant passer d’une sphère restreinte, à une sphère plus large, le tout poussé par le succès de Thorgal, des mêmes protagonistes. La BD franco-belge doit beaucoup au Grand Pouvoir du Chninkel, une oeuvre mature, riche, un univers complexe, pertinent, un scénario malin, une imagination débordante, peut-être le chef d’oeuvre de ce duo d’artistes.

3) Akira, de Katsuhiro Otomo

C’est presque cliché de mettre Akira dans ce genre de tops tellement c’est une évidence. Comment ne pas entrer de plein pied dans cet univers cyberpunk? Cet univers qui deviendra apocalytpique au fur et à mesure de l’histoire. Mais au-delà du récit mené de main de maître par Otomo, au-delà du dessin précis et efficace, au-delà de la mise en scène, du montage et du rythme, il y a dans Akira une évidence pop. Akira, c’est l’art de la science-fiction dans une sphère pop hyper cool. C’est un livre qui s’est imposé à l’univers pop. Son succès, son adaptation cinéma, ont fait d’Akira un véritable phénomène pop, fantasmme anarchique au possible.

Plus que ça, avec Akira, Otomo a montré que le manga japonais savait aussi faire des histoires ambitieuses, et adultes. Il a popularisé le manga en France, aux Etats-Unis et en Europe, non pas comme Dragon Ball avait pu le faire, tel le raz de marée qu’on a pu connaître (pour les plus vieux), mais comme le symbole que la BD, le manga ou les comics n’étaient pas l’affaire que des enfants. Et au milieu des années 80, c’était encore difficile à admettre dans nos sociétés occidentales.

S’il n’y avait qu’un manga à lire, ça serait celui-ci. Car il y a tous les ingrédients des mangas modernes. Si Otomo n’a rien inventé dans la structure même d’un manga, il a néanmoins su sublimer l’univers cyberpunk pour le rendre plus sérieux et plus fun à la fois. Un livre culte (en 6 tomes et en noir et blanc surtout!).

2) Maus, de Art Spiegelman

Maus… Ou comment j’ai découvert que la bande-dessinée pouvait aussi raconter l’Histoire.

Maus, c’est particulier. C’est un dessin en noir et blanc d’une noirceur totale. Des souris qui représentent les juifs, des chats en nazis. Le choix de l’auteur d’animaliser les protagonistes de son récit a eu un effet inattendu. Il a apporté une réalité visuelle incroyable sur l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale et des camps de concentration. D’ailleurs, il avouera dans une interview pourquoi il avait fait le choix de représenter les juifs comme des souris: Parce que, sous Hitler, « les juifs étaient régulièrement représentés littéralement comme des rats. Comme la vermine de l’humanité ». (Source L’express.fr)
Grâce à ce choix, il a au contraire davantage humanisé son propos en nous enfermant dans une réalité glaciale à travers un dessin sombre, violent.

Maus raconte ainsi la vie des parents d’Art Spiegelman, Vladek et Anja, juifs polonais enfermés dans le ghetto de Sosnowiec puis déportés à Auschwitz. Ce bouleversant récit met en lumière l’histoire de survivants d’un génocide, un couple de survivants qui viendront s’installer aux Etats-Unis après la guerre.

Si ce n’est le récit de ces survivants, c’est aussi le récit dans le présent, les rapports qu’entretien l’auteur avec son père qui sont tout aussi passionnants, ou comment ce père qui raconte son histoire la raconte comme une série d’anecdotes dont il est le héros sans pour autant comprendre la portée de sa vie, de sa survivance.

Avec Maus, on apprend terriblement. Plus qu’un film de fiction ou un documentaire, Maus nous fait rentrer de plein pied dans ce livre que l’on tient chèrement entre ses doigts, à quelques centimètres de son visage, et on en prend plein la gueule, et il le faut, juste pour se rappeler du pire. Un véritable chef d’oeuvre qui devint la première BD (ou roman graphique) à obtenir le prix Pulitzer.

1) The Peanuts, de Charles Schulz

Le choix a été compliqué, je vous l’avoue. J’ai longuement hésité… Snoopy ou Hobbes? Calvin ou Charlie Brown? Mon choix s’est porté sur l’immensité de l’oeuvre de Charles M. Schulz, qui durant 50 ans, a dessiné quotidiennement des strips des Peanuts. Là où Bill Watterson ne s’est contenté « que » de 10 années, Schulz a voué sa vie à son oeuvre. Une oeuvre terriblement moderne, une oeuvre poétique, drôle, philosophique. Parfois critique sur la société américaine ou sur la religion, Schulz a su créer un univers où les désirs des enfants, leurs angoisses, leurs rêves, sont ceux des américains moyens (voire des occidentaux) qui ont adopté ce strip-comic dès les premières publications dans les journaux. The Peanuts est devenu un phénomène culturel, un véritable phénomène pop. Hélas, Schulz en a certainement perdu le contrôle avec les produits dérivés en pagaille et les adaptations en dessins animés. Mais sa production propre, ses strips journaliers, montrent une oeuvre équilibrée, moderne, puissante, tendre. Elle met en avant des personnages parfois caricaturaux, parfois modestes, qui nous ressemblent tellement.

Charlie Brown, éternel rêveur, angoissé, amoureux de la petite fille rousse, Snoopy le chien à l’imagination débordante, parfois aviateur, parfois écrivain, joueur de hockey, Lucy qui prodigue des conseils contre rémunération, qui promet à Charlie Brown qu’elle n’enlèvera pas le ballon qu’elle lui tient et qu’elle enlève toujours au dernier moment dans un éclat de rire, Linus qui cite la bible, qui rêve de rencontrer la grande citrouille qui visite les champs de citrouilles à Halloween, etc. Les personnages ne manquent pas, certains ont disparu avec le temps, d’autres sont arrivés, certains sont revenus. A lire, bien entendu, l’esprit ouvert. Attendez-vous à rire parfois, à réfléchir aussi, mais ce n’est certainement pas une BD dont les strips laissent indifférents.

Bonus: Quartier Lointain, de Jirô Taniguchi

Quartier Lointain est une oeuvre qui a marqué les débuts de ma vie d’adulte. J’avais l’impression d’être un peu ce héros qui, bien installé dans sa routine d’homme dans la cinquantaine (sauf que j’en avais 25) se réveille à 14 ans dans la ville de ses parents. Son père qui les avait abandonnés n’est pas encore parti, sa mère est toujours vivante, il doit retourner à l’école, revoir ses amis, se réadapter à une époque qu’il a quitté il y a quelques décennies.

Si j’ai aimé cette oeuvre, c’est grâce à ses dessins, le trait précis, les regards des personnages, les décors et paysages d’une incraoyable beauté. Plonger ainsi dans ce Japon des années 60 montre la dimension d’une société entre modernité et traditions. Taniguchi arrive à nous faire partager sa mélancolie, sa nostalgie, ses regrets sans doute.

Avec Quartier Lointain, Taniguchi ouvre une porte vers le passé, comme si son personnage avait une seconde chance, comme s’il pouvait se reconstruire à nouveau. C’est parfois drôle, parfois triste, mais le ton est juste au possible. C’est une oeuvre d’une grande beauté que je mets à part dans mon amour pour la BD. Un livre où tu dis merci à l’auteur lorsque tu as tourné la dernière page.

Et les autres… en quelques mots.

  • Peter Pan de Loisel: dessins et couleurs fabuleux, la naissance de Peter Pan magnifiquement contée.
  • Calvin et Hobes de Bill Watterson: drôle, satirique, décalé, politique, génial.
  • Watchmen de Dave Gibbons et Alan Moore: classique, culte, livre fondateur.
  • UW1 de Denis Bajram: de la grande science-fiction! Un dessin et une mise en scène incroyables!
  • Pyongyang de Guy Delisle: une plongée autobiographique dans la Corée du Nord. Fascinant.
  • King – La Biographie non officielle de Martin Luther King de Ho Che Anderson: un regard différent, certainement juste, terriblement humain, sur Martin Luther King.

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