Mandela, l’homme qui ne pouvait pas pleurer…

Ou comment Mandela a façonné ma façon de penser.

C’est un de ces soirs d’insouciance où à l’ouverture d’une page internet tu découvres la mort d’un des grands hommes de ce monde. Un grand homme dont le combat a élevé les consciences, a rendu meilleure l’humanité.

J’ai conscience des dangers d’un tel texte. Je ne cherche pas à m’approprier Nelson Mandela et à légitimer mes larmes. Je veux juste expliquer comment cet homme a contribué à faire évoluer ma pensée politique et donc ma conscience personnelle. Je ne penserais pas ce que je pense aujourd’hui sans son influence dans ma petite existence.

Comment j’ai connu Nelson Mandela

Dans ma construction personnelle Madiba a une place à part, tout comme Malcolm X, Muhammad Ali et Martin Luther King Jr.

A 9 ans, mon frère a reçu à la maison son correspondant gabonais. C’était quelqu’un de très gentil. De mes 9 ans je le voyais immense! Et son sourire blanc ne faisait pas de doute, Émile était foncièrement quelqu’un de bon. Nous avions d’ailleurs une passion en commun: le basket. Du coup il m’avait offert un poster de Karl Malone que j’avais fièrement accroché à mon mur. Émile a été mon premier contact avec un Noir. A 9 ans on n’est pas capable de comprendre combien la couleur de votre peau influe sur votre vie dans notre société. Pour moi, Émile n’était que le gentil gabonais qui m’avait offert un poster du génial Malone et j’étais très heureux d’avoir eu un cadeau qui faisait écho à ma passion naissante pour le basket.

Je me suis alors plongé corps et âme dans le basket et les Jordan, Magic et autres Barkley ont profondément participé à construire ma personnalité.
J’ai d’abord découvert que je vivais dans un monde raciste, où l’égalité entre les êtres humains n’était jamais garantie. Que ce qui était vanté comme étant un droit de naissance était en réalité, pour certains, un droit à réclamer tout au long de leurs existences.
C’est comme ça que j’ai rencontré, au hasard d’un livre, Martin Luther King Jr, et que son combat a façonné ma pensée politique. Sa désobéissance civile, son pacifisme faisaient sens en moi. J’ai alors fait de ses idées les miennes. Seul problème, MLK était mort depuis longtemps et j’avais besoin d’une figure réelle, quelqu’un qui quelque part se battait pour l’égalité et la liberté de tous dans un esprit de rassemblement.
C’est ainsi qu’au détour d’une coupe du monde de rugby, j’ai vu la lumière.

Même ses larmes lui ont été prises

Quand j’ai découvert Nelson Mandela, j’ai été frappé par son histoire. Prisonnier pendant 27 ans, il avait organisé la branche armée de l’ANC afin de répondre aux violences des Blancs sur les Noirs en Afrique du Sud. Mais c’est l’évolution de ses idées, son retour à la désobéissance civile, son amour pour le pacifisme qui m’ont fait aimer cet homme plus que tout.

Comment cet homme, après avoir vécu l’enfer, pouvait se tenir droit et fier devant son peuple, humble et discret, et se lancer dans une réconciliation que beaucoup ne voulaient pas? Mandela voulait unir son pays, il ne réclamait ni vengeance ni justice, juste la réconciliation. J’étais stupéfait! Qui était ce grand noir aux cheveux gris qui avait eu les yeux brûlés par le soleil pendant ses travaux forcés et qui ne pouvait plus pleurer?

Qui était ce type sur ces images d’archives qui levait le poing en tenant fermement la main de sa femme? C’était Mandela, le père de la nation sud-africaine.

Un homme du monde

Ce matin, un gros con au bureau a dit: « Mandela, il a rien fait pour les Français, qu’est-ce qu’on s’en fout! »

A vrai dire, Mandela a beaucoup fait pour les Français et l’ensemble des êtres humains. Il a élevé les consciences, montrer que son combat était plus important que lui, s’est toujours dressé la tête haute, a prouvé que le combat pacifique était la seule et unique voie vers l’excellence. Oui, il n’a pas baissé les impôts des Français, oui il n’a pas bouché le trou de la sécu, mais il a élevé nombre d’entre nous. Il nous a expliqué qu’on pouvait s’élever au-dessus des masses, qu’on pouvait refuser d’accepter des lois iniques, qu’on pouvait refuser nos conditions et ne pas se contenter de ce qu’on nous servait.

Il nous laisse une oeuvre colossale, celle qu’il a bâti avec ses camarades, sa lutte contre les discriminations. Mais aussi une oeuvre littéraire incroyable avec des réflexions sur sa condition et son combat qui montrent son intelligence et sa richesse d’esprit.

Merci Madiba

Madiba appartenait à tout le monde. Et à part quelques voies imbéciles qui ont voulu prouver leur stupidité, Mandela fait l’unanimité. A 94 ans, c’est un vieillard qui part avec le devoir accompli.

Mon histoire pourtant, avec Mandela, ne s’arrête pas là. Tout comme Malcolm X et Martin Luther King ont pu m’influencer dans mes choix moraux malgré leurs absences, je continuerai à expliquer que le pacifisme est la seule voie possible, que la désobéissance civile doit être la réponse à apporter à toute opposition, que les combats ne doivent être qu’intellectuels et jamais violents. Cet héritage, je lui dois en partie, et je l’en remercie de l’avoir si bien porté.

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