Madrid – Comment j’ai fini au centre médical.

C’est samedi matin, départ pour Madrid. Debout 7h15, et en route pour l’aéroport. Je ne suis jamais rassuré de prendre l’avion. Ça ne me semble pas très naturel, et même si on m’explique que c’est le transport statistiquement le plus sûr, c’est aussi celui dont on survit le moins en cas d’accident, ou alors à devenir cannibale dans les Andes.
Nous laissons le chat derrière nous, il me regarde avec ses grands yeux curieux et ça m’arrache le coeur de laisser mon petit compagnon tout seul, et j’espère qu’il ne nous en voudra pas trop quand nous rentrerons.

Nous attendons l’avion. Nous partons avec Easy Jet, le terminal 3 de l’aéroport de Lyon est fait de tôles, de l’autre côté de l’aéroport, et on doit marcher sur le tarmac pour monter dans l’avion. J’aime bien, j’ai l’impression d’être dans un film genre quand Indy fuit les Chinois avec le gros diamant et Demi-Lune.

J’ai très vite chaud dans l’avion et je m’endors alors qu’on n’a pas encore décollés. Mais on me réveille car pour des questions de sécurité, je dois lever le volet de le hublot. Une fois en vol, j’ai le soleil qui tape sur ma nuque et je ne sais pas si je peux baisser le volet à cause de la sécurité que je ne comprends pas, et j’ai beau regarder autour de moi, personne n’a baissé de volet, et je ne voudrais pas mettre en danger tout le monde même si je ne vois pas comment…
Je dors un petit peu mais j’ai bien chaud. Je finis par baisser le volet et ils ont qu’à me dire que je mets tout le monde en danger, moi j’ai chaud et je commence à avoir la tête qui tourne. Ma chérie à côté de moi me demande si ça va et je lui dis que non. Elle appuie sur le bouton d’appel tandis que je perds connaissance.

Je suis réveillé alors que j’étais plutôt content de dormir. Ma chérie est affolée et on me demande de suivre un stewart et je comprends alors qu’il est arrivé quelque chose et que c’est arrivé à moi. Ils me font assoir dans le fond de l’appareil, sur un strapontin. Une hôtesse de l’air tient une bouteille d’oxygène. Je crois que je vais vomir. Je plonge dans les toilettes. On m’allonge ensuite sur le sol en veillant à poser ma tête sur un oreiller de fortune. Un stewart lève mes jambes. Je me sens bien allongé. Un homme se prétendant docteur vérifie si je vais bien. Ça en a tout l’air. Il repart. Je reste un moment allongé. Ils me disent de me redresser pour voir si je suis bien assis. C’est pas génial. Du coup, ils m’allongent sur des strapontins et me mettent sous oxygène. Je dois vraiment avoir une sale gueule mais je n’ai pas conscience d’être mal, juste un peu choqué. Je me rends compte que je n’avais plus vomis depuis 17 ans, quand nous étions allés au phare de Cordouan avec mes parents et que la houle devait faire 3 mètres de hauteur même si dans mes souvenirs elle en faisait 10.
Ma chérie vient me rendre visite régulièrement. Je vois qu’elle s’inquiète beaucoup et qu’elle a les larmes aux yeux. Je lui fais un clin d’oeil mais je ne suis pas sur d’y arriver avec le masque à oxygène sur le nez et la bouche.
Une hôtesse reste à côté de moi avec l’oxygène. Elle me fait de l’air avec un éventail. Elle me pose des questions sur ce qu’on fait dans la vie et j’aimerais l’impressionner avec mon métier que personne ne comprend ni ne connait mais je me sens trop fatigué alors je lui dis que je bosse dans le web et que ma chérie dans les ressources humaines de la mairie de Villeurbanne. Alors elle me dit qu’elle vient de se prendre un appartement à Villeurbanne mais elle n’y est pas souvent et elle me dit un truc qui sous-entend qu’elle est célibataire et je trouve ça dommage car elle a l’air jolie mais ça me passe tellement loin parce que j’ai un masque à oxygène et qu’il me tarde de pouvoir retourner à ma place lire le livre que j’ai acheté spécialement pour ce voyage.

On finit par me redresser pour voir si je peux être assis. On va bientôt atterrir. Je me lève d’un coup et retourne vomir. Décidément, c’est pas mon jour. On m’explique qu’on va m’allonger sur des sièges devant et je traverse l’avion tandis que tout le monde me regarde. A vrai dire je m’en fous mais ils manquent de discrétion, ils veulent juste satisfaire leur curiosité et je trouve ça malsain. C’est pas de la télé réalité mec, je suis vraiment mal. On m’allonge sur 3 sièges, ma chérie est installée de l’autre côté du couloir. On m’attache avec une rallonge de ceinture. Et on atterrit. Une fois au sol, le commandant de bord explique aux gens de ne pas bouger, et qu’une équipe médicale va d’abord monter dans l’avion. Je parie que c’est pour moi.

Un docteur espagnol me fait passer au premier rang et me parle et je pige rien. Il me demande si je parle anglais. Étrangement mon anglais n’est pas trop rouillé. Les choses semblent claires. Si clair que je commence un peu à stresser. Je trouve qu’on en fait beaucoup pour une simple perte de connaissance et deux petits vomis. Mais quand ma chérie leur explique que j’ai eu comme des convulsions, alors je prends conscience que c’est peut-être pas très drôle tout ça. Du coup pour me calmer et me forcer à rester concentrer, je m’impose des petites équations. Rien de bien difficile, c’est pour m’obliger à faire fonctionner mes méninges. Deux personnes qui accompagnent le docteur s’occupent de moi. J’en déduis qu’ils sont infirmiers. Le premier prend ma tension avec une machine tandis que l’autre me parle en anglais avec sa voix cassée et j’en déduis que toutes les espagnoles ont la voix cassée et je ne sais pas pourquoi je pense ça surtout qu’elle me fait un trou dans le doigt pour vérifier mon sucre. Tension et sucre OK. L’infirmière me parle en anglais, elle se débrouille bien et puis avec son accent espagnol je pige tout c’est cool. Elle me demande si je fais du sport et elle me caresse l’épaule en me parlant, j’en perds le fil de mes équations. Je vais pouvoir partir et aller à l’hôtel. Là on m’explique que le docteur ne veut pas prendre de risque et qu’on va m’emmener au centre médical. On attend le fauteuil roulant tandis que l’avion se vide.

Je suis trimballé dans tout l’aéroport de Madrid par une femme qui pousse mon fauteuil tandis que ma chérie tire nos deux petites valises. La nana fonce et fait des virages et des zigzags et ça ne m’aide pas avec mon estomac. Heureusement on m’a donné un sac plastique et je vomis de nouveau. Ce n’est définitivement pas mon jour et je me souviendrai de cette arrivée à Madrid toute ma vie.

Au centre médical, l’infirmière m’attends et m’installe. Elle m’enfonce une aiguille dans le bras pour me transfuser un produit pour arrêter de vomir. Je lui dis que c’est ma première fois et ça la fait rire alors elle me caresse la cuisse comme si elle voulait me rassurer. En fait, je déteste être touché. Je ne suis pas tactile et je suis assez dérangé par cette familiarité. J’essaie de savoir si elle est mignonne, mais je devine qu’elle fume car elle a le teint gris. Ses cheveux sont gras comme ces femmes qui fument un peu trop, et ses rides semblent bien trop profondes pour une fille de cet âge.

L’autre infirmier arrive et se plaint de son bras. L’infirmière commence à lui manipuler le bras et le mec fait des oh et des ah et je sais pas s’il prend son pied ou pas. Puis je regarde son visage et je vois qu’il adore ce qu’elle lui fait, je détourne le regard et tourne la tête, j’ai l’impression qu’il va avoir un orgasme et je me demande jusqu’où ils vont aller, et il continue à faire oh et ah tandis que le médecin arrive. Ils ne s’écartent pas l’un de l’autre, j’en déduis qu’ils ne faisaient rien de coupable mais j’étais un peu gêné quand même. Ils me mettent une nouvelle transfusion, du glucose si j’ai tout bien pigé. On m’explique que je n’aurais rien à payer, que c’est la compagnie ou l’aéroport, bref que je suis assuré, et j’aimerais leur dire que je suis Français et que j’ai la sécu mais je ne vois pas comment leur dire en anglais alors je me tais. Ma chérie finit par arriver, on lui a installé un tabouret pour patienter avec moi le temps que la transfusion se finisse. Ça dure un certain temps.

Nous finissons par sortir de là. Je me sens bien mais pas rassuré. Nous prenons le métro pour aller à l’hôtel mais je préfère m’arrêter à une station de peur de vomir de nouveau.

À l’hôtel, je m’écroule sur le lit et dort une bonne heure.

J’appréhende déjà le voyage retour…

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