L’idole du vide (parenthèse n°4)

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La première histoire que j’ai écrite, j’avais 13 ans. J’avais écrit des trucs bien avant ça, surtout pour l’école, j’avais imaginé des petits récits, mais le vrai truc construit, pensé, nouvelle complète et tout, j’avais 13 ans. J’aime bien la relire. Elle est nulle. Vraiment.
C’est très mal écrit, les situations sont grotesques, piquées dans tous les mauvais films que j’avais pu voir, rien d’original, les dialogues sont navrants…
J’avais néanmoins fait une copie pour Alice, pour qu’elle me donne son avis. Je me souviens qu’elle est venue chez moi avec les trois feuilles sur lesquelles tenaient la nouvelle. Elle avait apporté des tas de corrections, il y avait du rouge partout, des fautes d’orthographe, de conjugaison, certaines tournures de phrases étaient mauvaises aussi. Et à la toute fin, elle met un commentaire, je m’en souviens assez bien d’ailleurs, un truc du genre: « J’ai adoré cette histoire! Ne t’arrête jamais d’écrire! Par contre, tu fais trop de fautes! Je comprends ta moyenne en français! Bisous bisous! »

Mon père avait lui été un peu plus lucide. Il m’avait dit que c’était bien que j’écrive des histoires et que je les termine, mais qu’il fallait que je fasse moins de fautes car c’était illisible! Une façon détournée de dire que c’était un calvaire de lire ces putains de trois pages!

Et le pire? C’est que je n’ai jamais réussi à les jeter! Comme si cela faisait parti de mon patrimoine artistique… Je suis attaché à ces créations même si elles sont médiocres. Elles me rappellent qui j’étais à cette époque, par où je suis passé, avec qui j’ai avancé…

Quand j’ai eu 20 ans et que mon histoire avec Alice a pris fin, j’ai écrit une nouvelle pour un concours. Bien sûr, ça parlait d’amour, d’un amour d’enfance, d’un amour perdu, d’un amour qui meurt parce qu’on l’y oblige. C’est dingue quand on y réfléchit, ces amours qui doivent mourir. Quand quelqu’un vous quitte ou quand quelqu’un ne vous aime pas en retour… Vous avez tous ces sentiments en vous et vous ne pouvez rien en faire. Rien. Ils vous consument, vous fatiguent, vous font vous sentir minable, vous font penser à des choses idiotes sur comment vous faire aimer en retour, vous êtes prêt à changer, à devenir un autre s’il le faut… Un amour qui pousse à être quelqu’un d’autre… L’amour devrait sublimer, donner envie d’être une meilleure personne, pas une autre personne, l’amour devrait pousser à exploiter tout son potentiel…

Bref.

Je ne me suis pas apitoyé. J’ai fait semblant d’être quelqu’un d’autre. Je suis allé en cours, j’ai gardé mes habitudes, j’ai fait comme si rien ne m’atteignait. De toute façon, j’avais toujours eu une distance naturelle avec les gens. Alors, ils n’ont pas vu la différence. Mes amis, bien sûr, savaient que je n’allais pas bien. Mes potes me disaient que le meilleur remède était de me taper d’autres nana, et c’est ce que j’ai fait. Je ne dis pas que ça a été facile, mais en tout cas, parfois, ça fonctionnait et je passais du bon temps sans rien attendre en retour. Avec le recul, j’ai été bête. Je pense que je suis passé à côté de bien de belles histoires avec de chouettes personnes. Mais je n’étais pas vraiment disposé…

Je n’ai pas gagné le concours. J’aimerais dire que je ne jouais pas pour gagner, mais quand vous avez le sentiment d’avoir tout perdu, vous aimeriez avoir un peu de reconnaissance. Tant pis. Je n’ai jamais porté beaucoup d’importance à mon ego. C’est plus encombrant qu’autre chose, et puis les gens qui ont un gros ego ont souvent tendance à confondre fierté et intelligence.

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