L’Exil – Chapitre 4 – 1er jet

Ceci est un premier jet. Certains passages disparaîtront, d’autres seront développés, d’autres encore rajoutés.

– Mais c’est quoi cet endroit?

L’homme ouvrit les yeux. La femme se tenait debout, devant lui. Elle était énervée, sur la défensive.

– Comment je suis arrivée ici? Vous êtes qui vous? Où est mon bateau?

Il se leva, son bras le lança. Il grimaça. Elle recula d’un pas.

– Votre bateau s’est échoué… Je vous ai récupérée… Vous étiez inconsciente.
– C’est quoi ces vêtements?
– Ce sont les miens…
– C’est vous qui me les avez mis?
– Oui, je vis seul ici…
– Vous vous êtes fait plaisir?
– Comment ça?
– Vous m’avez vu nue…
– Oh… Je ne m’en souviens pas.
– Quoi? Comment ça?
– Hier a été une journée éprouvante. J’étais épuisé, blessé, j’ai perdu beaucoup de sang. J’ai fait ce que je devais faire. Vous étiez blessée et trempée… Je vous ai soignée, vous ai mise au chaud. Si vous vous sentez offensée, j’en suis désolé, je ne savais pas quoi faire d’autre…
– D’accord. C’est quoi cet endroit?
– C’est ma maison. Je vis seul ici. C’est une île… Est-ce que vous pourriez me laisser passer s’il vous plaît? Je voudrais examiner mon chien.

Suite de la page 1

Elle se décala d’un pas. L’homme entra dans la chambre et vérifia l’état de Poséidon. Il était toujours inconscient. Il le tourna sur l’autre flan et alla chercher un gant qu’il trempa dans l’eau. Il ouvrit la gueule du chien et laissa tomber quelques gouttes dans sa gorge jusqu’à ce que le gant n’en produise plus. Il réalisa l’opération deux fois de plus.

La femme regardait la scène avec attention, gardant néanmoins un certaine distance entre elle et l’homme.

– Qu’est-ce qui lui est arrivé? Demanda-t-elle.
– Il… Il m’a sauvé de la noyade puis il a été pris par le courant et les vagues… Je ne sais pas comment il a survécu…
Ecoutez, je comprends que vous ayez peur, laissez-moi ouvrir la maison et je vous préparerai le petit déjeuner.
– J’ai un peu de mal à organiser mes pensées à vrai dire… Mais d’accord pour le petit-déjeuner. Vous avez des toilettes?
– Dans la salle de bain, juste là.

Elle s’enferma dans la pièce. L’homme ouvrit les volets. Le ciel était complètement dégagé, la tempête était passée. Tout était trempé dehors. Il entrebâilla les fenêtres pour aérer. Il retourna ensuite dans la chambre afin de veiller Poséidon, lui parler un peu et le caresser.

– Mon vieux, il faut te réveiller. Tu me manques mon gros, tu me manques…

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La femme sortit de la salle de bain. elle jeta un coup d’oeil dans la chambre et aperçut son hôte caresser silencieusement son chien.

– Vous avez l’air inquiet, finit-elle par dire.
– Je le suis. Je ne sais absolument pas quoi faire pour l’aider.
– Laissez-le se reposer. Il a besoin de récupérer. Son cerveau a dû connaître un traumatisme, il a besoin de se reconstruire.
– Vraiment?
– Je dois avouer que j’ai été surprise en ouvrant les yeux. L’alcool m’a fait faire des bêtises, mais c’est la première fois que je me réveille à côté d’un chien!
– Je suis désolé, je n’avais nul part où vous mettre…
– Ne soyez pas désolé! Je ne vous ai pas remercié pour… m’avoir secouru… Merci.
– C’est rien. Il faut manger. On a besoin de reprendre des forces.

Il installa la femme à la table et lui prépara un petit déjeuner à base d’œufs, de pain, de beurre et de fruits. Elle ne se plaignit pas mais regretta un petit café.

– Vous seriez étonné du stock de café que j’ai dans mon bateau! D’ailleurs, pensez-vous qu’on pourra le récupérer?
– Votre bateau n’est pas facile d’accès mais si c’est important pour vous, j’irai vous chercher votre café.
– Ah non! Je parlais de récupérer le bateau!
– Ah… Il est échoué… Je ne sais pas comment nous allons le sortir de là… Avec le bon coefficient peut-être qu’on pourra le sortir sans mal… Je ne connais pas l’état de la coque, c’est compliqué…
– Vous me montrerez où il est?
– Après la traite des chèvres, je vous montrerai.
– Vous avez des chèvres?

L’homme lui parla de Thalie et de Clio, et aussi de Pan. Il ne donna pas de détails sur ce dernier, juste qu’il était discret. Il parla des poules et du coq, des serres et de Poséidon.
Tandis qu’elle se douchait, il alla s’occuper des chèvres. Lorsqu’il ouvrit l’étable, le bouc ne lui jeta aucun regard, comme si ce qu’il s’était passé la veille n’était jamais arrivé.

Il retourna dans la chambre et s’allongea à côté de son chien. Il était malheureux de le voir ainsi et culpabilisait. Il revivait la scène indéfiniment dans son esprit. Poséidon l’attrapant par le sac, le sauvant de la noyade. Puis Océan s’acharnant sur la pauvre bête comme pour la rosser, la punir d’avoir sauvé son compagnon.

Qu’il fusse vivant était miraculeux. L’homme l’avait vu disparaître mais Pan l’avait sauvé ou trouvé. Il n’arrivait à y croire.

– Mon petit Poséidon, fit-il. Mon ami, il faut se lever maintenant… Qu’est-ce que je pourrais bien faire sans toi ici? Réveille-toi s’il te plaît, réveille-toi…

Le chien ne broncha pas.

Résigné, l’homme se leva et alla s’assoir dans son fauteuil. Son bras lui faisait mal. Il relava la manche de son t-shirt et enleva le bandage. Ça n’avait pas l’air infecté.

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La femme sortit de la salle de bain à ce moment là.

– Vous ne vous êtes pas raté, lui dit-elle. Comment avez-vous fait votre affaire?
– Un rocher affûté, répondit-il.
– Vous devriez vous laver. Si vous voulez, j’y jetterai un œil après.

Elle avait remis les vêtements qu’il lui avait prêté. Il le savait, il n’y couperait pas, il devrait retourner au bateau chercher des affaires. Il se sentait encore épuisé de la veille et ne voyait pas comment il trouverait la force d’y aller. Peut-être qu’elle pourrait le faire elle-même.

Après la douche, il s’installa sur un banc, puis elle inspecta la blessure. Elle se lava soigneusement les mains puis retourna près de lui. Il n’avait pas senti les mains d’un être humain sur son corps depuis de longs mois. Il avait du mal à savoir si cela lui était plaisant ou non. Le fait qu’elle appuyait littéralement où ça faisait mal ne l’aidait pas certainement pas à y voir plus clair.

– Vos points… Il faudrait les refaire… Ça ne cicatrisera jamais comme ça…
– Vous êtes sûre?
– Ça ne tient pas bien… Ils se sont arrachés par endroit… Et puis il serait plus prudent de bien nettoyer à l’intérieur.
– Vous n’êtes pas obligée…
– Vous plaisantez…
– Comment va votre tête?
– Ça fait mal quand je touche… Mais ça va… J’ai regardé dans la salle de bain, c’est juste un coup.
– Tant mieux.

Il lui donna des ciseaux. Elle coupa soigneusement chaque point. La plaie s’ouvrait petit à petit, laissant du sang s’écouler. Elle semblait savoir ce qu’elle faisait.

– Vous êtes docteur? Demanda-t-il.
– Oui, répondit-elle.
– Quelle est votre spécialité?
– Les lettres anciennes..
– Vous…

Elle sourit. C’était une belle femme. Ses cheveux et sa peau étaient abîmés par le sel et le soleil, mais à présent qu’elle souriait, elle dégageait une joie de vivre communicative. Cela la rendait belle, bien aidée par des jambes élancées, une longue chevelure sombre et des traits fins. Ses yeux émeraudes sertissaient à merveille un visage ensoleillé.

– Mon père était infirmier, dit-elle. Je l’ai vu recoudre mes frères des dizaines de fois!
– Je suis rassuré alors, c’est toujours mieux que si vous me disiez que vous étiez couturière…
– Ah ça non! Mais je tricotte!
– Ne me faites pas de points irlandais sur le bras je vous prie…
– Ça, fallait le dire avant que je commence… Dites-moi, vous êtes vraiment seul sur cette île? Pas d’autres êtres humains?
– Juste moi…
– Les gens ne vous manquent pas?
– Je sais pas… Ça dépend…
– Et le sexe? Ça ne vous manque pas?
– Euh… Je… C’est à dire… Je…
– Je vous charrie! Vous auriez dû votre tête! Pourquoi être venu ici si ce n’est pas indiscret?
– Euh… J’avais besoin de prendre du recul… De faire quelque chose par moi-même.
– Je comprends. C’est pareil pour moi.

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Elle finit de la recoudre et alla se laver les mains. Il tenta à nouveau de réveiller Poséidon, l’hydrata, puis rejoignit la jeune femme dehors.

Elle était en émerveillement devant la beauté du paysage. Pour lui, c’était devenu presque banal. Mais la brume qui s’effaçait à mesure que le soleil se réchauffait donnait à l’ensemble un aspect surréaliste.

– Putain que c’est beau! Lâcha-t-elle.

Il engagea le pas vers l’est. Les chèvres prenaient leur petit déjeuner non loin d’eux dans un coin où l’herbe était grasse et humide. Pan avait déjà disparu, certainement quelque part dans la forêt, dans son sanctuaire.

L’homme fit la liste de toutes les choses qu’il avait à faire, ramasser les œufs, agrandir l’enclos des poules, arroser ses fruits et légumes, pêcher… Elle lui emboîta le pas. Ils marchaient silencieusement. Une légère brise soufflait, un peu fraîche, venant du nord. Océan était calme, c’est à peine si on entendait le bruit des vagues qui grignotaient inlassablement la côté nord de l’île.

Ils passèrent dans le bois. Quelques oiseaux osèrent quelques notes timides comme pour accompagner leur marche. Ils arrivèrent à la falaise, la corde était toujours attachée à l’arbre, pendant dans le presque vide. Il la récupéra et l’enroula autour de son bras. Il lui montra le bateau échoué en contrebas. Elle laissa échapper un « oh mon dieu » emplis de tristesse. Quelques larmes débordèrent de ses yeux qu’elle essuya rapidement.

– Vous croyez que je vais pouvoir repartir?

L’homme fut surpris par la question, n’imaginant pas qu’elle pouvait rester indéfiniment ici.

– On trouvera une solution, dit-il. Je vais faire le point sur les marées et la météo, j’ai tout ce qu’il faut dans mon bateau… Il ne faut pas que le votre reste trop longtemps ici, il s’abîmerait davantage…
– Vous pensez vraiment que c’est la meilleure solution?
– Je n’en vois pas d’autre. J’ai vu des marées tout recouvrir. Il faudra vérifier votre moteur, et il faudra alléger le plus possible le bateau. On va avoir du boulot… Je dois m’occuper des poules et du jardin… refaire du fromage, du pain, du beurre… Bref, nous ne devons pas traîner.

Ils revinrent sur leurs pas, passèrent à la maison vérifier l’état de Poséidon puis descendirent à la crique. Ils entrèrent dans le voilier et regardèrent les futures conditions météo. Une grande marée se préparait dans trois jours.

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– Ça nous laisse le temps de vider votre bateau pour l’alléger au maximum. On doit éviter les frottements sur la roche, votre coque pourrait ne pas s’en remettre.
– Comment on procède?
– Ça, je ne sais pas… Les courants sont traitres là-bas. C’est dangereux d’y aller en bateau!… Avec la barque peut-être?
– On devra faire de nombreux allers-retours…
– Alors ne perdons pas de temps.
– Vous êtes sérieux?
– Oui pourquoi?
– Vous devez reposer votre bras! Vider le bateau va nous épuiser. Regardez-vous! Vous tenez à peine debout! Vous êtes livide! Je ne sais pas ce que vous essayez de prouver, mais votre plan craint. Attendons la marée. Si elle est assez forte, elle libérera le bateau toute seule et on aura plus qu’à le récupérer!
– Vous êtes bien optimiste!
– Il le faut quand on entreprend ce genre de voyage!
– Sans doute oui.

La femme sortit du voilier. L’homme la suivit peu après un paquet à la main.

– Qu’est-ce que c’est? Demanda-t-elle.
– Un matelas gonflable et une pompe à pied. J’ai dormirai mieux que sur le fauteuil.
– Si cela ne vous dérange pas, je préférerais le prendre.
– Pourquoi?

– Parce que votre lit vous appartient et que si votre chien se réveille, il vaut mieux qu’il voit un visage familier…
– Vous avez raison. Vous verrez, vous y serez confortablement installé!

Ils remontèrent jusqu’à la maison et s’y préparèrent un repas. L’homme soigna Poséidon puis entreprit de terminer ses obligations.

Il commença par écrémer son lait de chèvre qu’il avait fait reposer. Il mit la crème à chauffer afin de la pasteuriser et éliminer les bactéries. Il mit ensuite la crème de côté afin de la laisser mûrir jusqu’au lendemain.

Il s’affaira ensuite à réaliser du fromage frais.

La femme avait fait une sieste mais regardait désormais l’homme s’agiter dans sa cuisine. Elle avait du mal à cerner son sauveur. Elle sentait que sa présence l’inquiétait. Il avait délibérément choisi la solitude comme mode de vie, ou en tout cas de se désocialiser. Elle en ignorait les raisons, et son imagination lui faisait craindre le pire. Elle se rassurait en pensant à la façon dont il traitait son chien, un homme qui traitait un animal de la sorte ne pouvait pas être foncièrement mauvais. Et puis il avait pris des risques pour elle. Sa distance naturelle n’était peut-être qu’une forme de défense vis à vis des autres.

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– Parlez-moi de votre voyage, fit l’homme, rompant ainsi le silence.
– Que voulez-vous savoir?
– Pourquoi un tel voyage? Pourquoi cette route? Plus personne ne la prend…
– C’est à cause d’un livre. Un livre qui a changé ma vie… Journal d’un navigateur solitaire. Vous connaissez?
– Non…
– Il n’est pas très connu… Je l’ai découvert dans un vide grenier. Ça raconte la traversée d’un homme qui avait décidé qu’il serait navigateur. C’était un paysan lettré, il avait eu la chance d’avoir des parents qui estimaient qu’il serait à mieux à l’école que dans les champs. Ce n’était pas courant à l’époque… Sa famille et lui vivaient non loin d’un estuaire, et un jour, il voit passer un voilier manié par une seule personne. Il n’avait jamais vu ça, il ne pensait même pas que c’était possible! Alors il s’est fabriqué son propre bateau!
– Carrément?
– Tout est renseigné dans le livre! Et quand il a fini de le construire, au bout de dix années, il a entrepris de traverser l’océan!
– Il a réussi?
– Seulement à l’aller.
– Que s’est-il passé au retour?
– Il avait pour projet de revenir, mais il a rencontré une femme et il est resté là-bas.
– Et son histoire vous a inspiré au point de faire de même?
– Ah mais moi je ferai le retour! Je finirai son voyage!
– Qu’avez-vous à y gagner?
– Je ne sais pas… Peut-être que j’ai besoin de me prouver certaines choses. Un peu comme vous j’imagine!
– Moi j’ai le mal de mer. Monter dans un bateau est un véritable supplice..
– Et pourtant vous l’avez fait!
– Parfois il faut pousser ses propres limites pour s’en fixer de nouvelles!
– Et que gagnez-vous à vivre ainsi?
– Je ne cherche pas à gagner quoique ce soit…
– Que fuyez-vous alors?
– Un monde où je ne trouve plus ma place…

Ils allèrent ensuite cueillir les fruits et légumes dans les serres et dans les potagers. Après la récolte, l’homme travailla sur le poulailler. Il semblait avoir une énergie infinie, œuvrant jusqu’à épuisement. Son bras lui faisait mal, mais il ne se plaignait pas. Il voulait réaliser ses objectifs.

C’est seulement le lendemain qu’il termina le poulailler. Les poules avaient désormais bien plus d’espace pour gambader. Ce n’était plus une volière, mais un enclos à ciel ouvert. Il regardait le résultat avec fierté. Il s’imaginait que les poules y étaient plus heureuses et qu’il aurait des œufs plus gros.

Poséidon dormait toujours. Parfois il s’agitait, rêvant, revivant l’attaque d’Océan.

Les images lui étaient pénibles, mais il voyait son maître surivire alors ça le rassurait et le calmait. Il sentait parfois une main le caresser, une main apaisante, sécurisante. De temps en temps, il se voyait boire la tasse mais l’eau était douce et il la buvait avec plaisir.

L’homme avait mis un plastique et une serviette absorbante sous le chien après avoir constaté que ce dernier était incapable de se retenir de faire ses besoins.

Le beurre et le fromage étaient du goût de son invitée. Elle l’aidait au jardin, ne rechignait pas à la tâche, écoutait ses directives, donnait parfois son avis, alors il réfléchissait à l’idée puis la rejetait.
Elle n’en prenait pas ombrage. Il avait créé là son royaume, et même s’il n’imposait aucune règle, il ne devait pas lui venir à l’esprit de se remettre en question. Tout cela fonctionnait parce qu’il le contrôlait.

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Ils attendaient la forte marée. Elle semblait confiante, comme portée par sa bonne étoile. Rien ne la faisait douter. Pour elle, ce naufrage était arrivé pour une raison précise, elle voulait le croire. Elle était peut-être mise à l’épreuve, peut-être qu’il fallait qu’elle visite cette île.

Cet homme barbu aux cheveux longs et bouclés lui inspirait désormais confiance. S’il restait naturellement distant, il ne la traitait plus comme une étrangère. Elle était désormais là, il faisait avec. Pour lui, c’était une auto-stoppeuse, elle était de passage, elle serait bientôt oubliée, elle deviendrait une histoire qu’on raconte à ses amis. Il ne cherchait pas à la connaître, il avait ses objectifs journaliers: essayer d’attraper des homards, ramasser des palourdes, s’occuper de ses animaux et de son potager. C’était sa vie, ce qu’il s’était imposé, ce en quoi il mettait sa responsabilité. Il avait trouvé une façon d’être lui-même, peut-être même d’être heureux.

C’est ce qu’elle cherchait aussi. Réaliser quelque chose qui la dépasse, quelque chose qui n’aurait sens que dans le dépassement, quelque chose à faire pour soi, seulement pour soi.

Dans la journée, elle était allée jusqu’à son bateau. Elle avait pris la barque et avait ramé contre le courant. Comme la mer était calme, elle n’eut pas de mal à arriver jusqu’à son voilier. Il l’avait laissée faire mais l’observait depuis les hauteurs, il n’était pas rassuré. Elle semblait très bien se débrouiller sans lui, après tout, elle était arrivée jusqu’ici toute seule, ce qui était déjà impressionnant. Rassuré, il était retourné à ses occupations.

Elle avait alors récupéré des vêtements et à manger. Du café bien sûr, du riz, des conserves. Elle avait inspecté la coque, tout semblait en ordre, pas de dégâts majeurs.

Elle prit avec elle quelques livres puis retourna sur l’île. Elle montra ses trésors à l’homme qui regarda les livres rapidement avant de les reposer.

Vous avez pensé à tenir un journal de votre expérience? Lui demanda-t-elle.
– Mon expérience?
– Oui, ici, sur l’île!
– Ce n’est pas une expérience, c’est ma vie.
– Vous comptez vivre ici toute votre vie?
– Pour le moment oui.
– Il n’y a donc rien ni personne qui vous manque?
– Mes figurines de dinosaures me manquent.
– Vous… Vous rigolez?
– Je les collectionne… Enfin, je les collectionnais. J’ai pris conscience que ça me manquait de ne plus les regarder… J’avais un jeu, presque tous les jours, je récitais tous les noms des dinosaures que j’avais en figurines! Parfois, j’essaie de le faire dans la tête, mais c’est pas pareil…
– Quel genre d’enfant étiez-vous?
– C’est une question inattendue… J’étais un gosse curieux de tout…
– Solitaire?
– Un peu, mais j’avais quelques amis. Mes parents avaient une maison avec une forêt derrière et y’avait une petite rivière qui séparait le jardin du bois. J’y passais mes journées!
– Vous y faisiez quoi?
– Ça dépendait des saisons! Je cueillais les champignons, des fruits, observais des insectes, des oiseaux…
– Vous aviez un chien déjà à l’époque?
– Oui! Un chien-loup! Il me suivait partout!
– Vous avez un lien particulier avec votre chien…
– Oui, c’est mon compagnon, mon ami, mon frère…
– Vous avez peur pour lui?
– Oui.
– Il va se réveiller, j’en suis sûre. Allez, ce soir, je cuisine! J’ai ramené du riz et des conserves! Faites votre choix!

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