Lambda – Où il est question de racisme et d’une carrière de chanteur-star ratée de peu…

Pendant que j’écoute un Best Of d’Oasis (je dois par ailleurs confesser que je ne suis pas vraiment fan du groupe à part quelques rares morceaux biens sentis), le métro se remplit petit à petit. Un groupe d’adolescentes entre et fait incroyablement du bruit. Je ne sais pas si elles cherchent à se faire remarquer mais elles ne passent pas inaperçues. De nombreux regards sombres leurs sont envoyés. Elles ne peuvent y échapper, elles sont noires pour la plupart et leur présence semble gêner bien du monde…

Hey les gens! Calmez-vous! Elles ne vont pas vous agresser! C’est juste un groupe de copines!

Et si ces gamines ont l’air heureuses, on ne va quand même pas leur reprocher! D’ailleurs je les envie un peu ces adolescentes. Moi-aussi j’aimerais pouvoir me libérer du poids de la société et ne pas me sentir jugé parce que je peine à me trouver un emploi, ou parce que mes vêtements ne sont pas associés entre eux, ou parce que j’écoute Oasis… Elles n’ont certainement pas encore conscience que la société française les déteste. Elles n’ont pas eu à chercher un appartement, peut-être même qu’elles ont échappé aux contrôles de police aux faciès même si j’en doute. Et malgré tout, elles sont là, joviales, heureuses d’être ensemble.

Certes j’ai du mal à entendre convenablement ma musique malgré les écouteurs mais elles sont plutôt rigolotes. Pourtant elles dérangent. Victimes d’un racisme structurel. Nombre de ces gens les jugent. C’est lamentable. Elles chantent, certaines osent quelques pas de danse, elles semblent vraiment heureuses, libres, ont-elles seulement conscience que la moitié du wagon les déteste à cause de leur couleur de peau?

Je repense alors à trois adolescentes croisées dans le métro de New-York qui étaient entrées dans notre wagon, s’étaient présentées et avaient lancé la musique et avaient dansé et elles étaient si belles à danser, à oser, à être libres tout simplement. Je n’avais alors pas senti d’animosité dans le métro, des touristes amusés, des autochtones habitués mais concentrés sur le spectacle. Elles avaient ensuite fait la quête et étaient parties communier dans un autre wagon comme si leur spectacle était calibré pour chaque trajet entre deux arrêts.

Avec mes clichés, je les avais imaginées venant du Bronx ou d’Harlem et je les enviais d’oser vivre ainsi et regrettais néanmoins qu’elles fussent obligées de trouver de l’argent de cette façon. Faut dire que je les ai fantasmés les afro-américains durant mon adolescence, passionné que je suis par des hommes comme Michael Jordan ou Mohammed Ali. Je leur ai toujours été fidèles, admiratif de leurs carrières mais aussi des hommes qu’ils étaient et sont toujours. En grandissant, Ali est devenu un personnage plus intéressant, car plus politique. Jordan résonne encore en moi mais sa carrière terminée il n’est devenu qu’un homme d’affaire (talentueux certes) et cet aspect là m’intéresse moins.

Ado, je me rêvais sur les playgrounds d’Harlem ou de Brooklyn me faire ma place sur les terrains, montrant l’étendue de mes talents, mon adresse insolente à trois points et alors un recruteur passerait par là et j’entrerais en NBA et je vivrais de ma passion et je m’entrainerais pour progresser encore et encore, un peu comme Son Gocku mais sans les boules d’énergie. Ces basketteurs des années 90 me faisaient rêver, je pensais à eux tout le temps, j’assimilais tout ce qu’ils disaient. Comme Anthony Mason qui, adolescent, étant un peu trop petit pour dunker, avait alors trouvé comme solution pour impressionner les filles de tout miser sur le dribble. Il est donc devenu un super dribbleur puis a fini par dunker. J’en déduisais à l’époque que ça devait bien marcher pour lui avec les nanas. D’ailleurs, le pauvre Mason est mort récemment, ça m’a fait un pincement au coeur, c’était un joueur que je prenais plaisir à suivre quand j’étais ado.

Mes pensées s’envolent. Retour à la réalité. Les adolescentes chantent. Ah! Si j’osais! Si j’osais chanter dans le métro « you’re my wonderwall » en pensant à mon amoureuse, mais les jolies filles du métro, et les moches aussi, les jeunes et les moins jeunes, s’imagineraient que je suis transi d’amour pour une femme inaccessible, et elles seraient navrées pour moi, elles poseraient une main sur la poitrine et inclineraient leur tête sur le côté et elles se demanderaient qui est cet homme à la voix de velours qui chante un amour impossible… L’une d’entre-elle me filmerait et mettrait la vidéo sur YouTube qui deviendrait virale et tout le monde se demanderait qui est cet homme qui chante si bien dans le métro lyonnais, et des gens commenceraient à me reconnaître dans la rue et mon identité serait révélée et un producteur me contacterait et je passerais à la télé et je dirais des choses profondes comme la faim dans le monde c’est nul ou que la guerre ça fait des morts, et les gens me trouveraient brillants et beau bien sûr.

Sauf que je n’ai pas osé… Je me suis contenté de regarder ces gamines s’amuser, passant ainsi à côté d’un destin incroyable…

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