De Nos Jours – L’exécution

L’exécution allait avoir lieu malgré la pluie. L’homme s’appelait Claudio Lopez. Seul, face au peloton, il pensait à ces autres pays qu’il aurait voulu voir, ces autres pays où il ne serait pas fusillé pour avoir osé critiquer. Il n’y serait ni jeté en prison, ni pointé par des fusils. Il se souvint alors d’une histoire racontée par son père lorsqu’il était enfant. Son padre lui avait dit que lors d’une exécution, tous les fusils étaient chargés à blanc, sauf un, et qu’ainsi, aucun des soldats ne savait qui avait tué le condamné. Il avait pourtant vu la veille le cadavre d’un de ses camarades de chambrée creusé par au moins cinq impacts de balles. Bientôt, il entendrait le son de la libertad dans ses oreilles, celui d’une mort précoce pour avoir espéré un monde meilleur. Il était allé jusqu’à refuser l’endoctrinement forcé des prisonniers politiques, seule porte de sortie. L’endoctrinement ou la mort. Les coups de feu retentirent, il sentit de fortes chaleurs pénétrer son corps. Tout devint sombre, lourd, indistinct. Il entendait encore des bruits autour de lui, la pluie tomber, de vagues paroles qu’il était incapable d’interpréter. Il sentit qu’on l’emmenait, il ne respirait plus désormais mais était encore conscient. Il n’avait pas mal, pas peur. Il essaya d’inspirer, il n’y arriva pas.

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