Conversation avec mon amoureuse: invasion zombie

J’ai eu aujourd’hui une conversation fort constructive avec ma moitié. Tandis que nous communions autour d’un goûter, je lui ai demandé, dans un soucis purement scientifique vous vous en doutez, ce qu’elle ferait en cas d’invasion zombie.

Faut dire que la probabilité que je survive à une invasion zombie est plutôt pas mal élevée. J’ai baigné dans les films de Romero, ai lu des romans sur la question, des BD, et ai joué à des jeux ayant pour toile de fond une invasion zombie. J’en connais tous les scénarios possibles, toutes les erreurs à ne pas commettre, tous les pièges à éviter…

Mais voilà, le problème d’une invasion zombie, ce sont les autres. Comment vont-ils réagir? Vont-ils vous pousser à la faute? Tout naturellement, j’ai alors demandé à ma chérie, si elle ferait tout ce que je lui demandais en cas d’invasion zombie…

« Tout ?
– Pour survivre…
– Oui mais tu entends quoi par tout?, insista-t-elle.
– Oh tu sais… Genre abandonner un enfant…
– Abandonner un enfant?!!!
– Hypothétiquement hein… Et pas le nôtre… Et puis on n’en a pas à ma connaissance…
– Mais l’enfant de qui alors?
– Un enfant perdu, ses parents sont morts mangés par des zombies…
– Mais c’est horrible!
– Y’a une invasion zombie! Tu crois qu’il se passe quoi?
– Et toi tu veux abandonner un enfant qui a vu ses parents être mangés par des zombies?
– Pas nécessairement… Mais s’il faut faire un choix…
– Mais il a rien fait ce pauvre gosse!
– Mais peut-être que si! Peut-être que c’est sa faute si ses parents sont morts! Tiens, peut-être même qu’il vote FN!
– Mais il a quel âge ce môme?
– Bon OK, mauvais exemple… Je demande juste si hypothétiquement tu serais prête à des sacrifices en cas d’invasion de zombies.
– Non, tu m’as demandé si je ferais tout ce que tu me dis, et je te dis que je n’abandonnerai pas un enfant, quel qu’il soit!
– Oui mais si c’est le seul moyen pour nous de survivre? Si on n’a pas le choix?
– Tu passes ton temps à me dire qu’on a toujours le choix!
– Oui mais c’est parce que dans le monde réel il n’y a pas de zombies…
– Je ne ferai pas tout ce que tu me demandes, non!
– Ah oui mais on risque de mourir alors!
– Tu trouveras une solution! Et puis, tu ferais tout ce que je te demande de faire?
– En cas d’invasion de zombies?
– Non, d’invasion de pelotes de laines! Bien sûr de zombies!
– Non je ne ferai pas tout ce que tu me demandes.
– Et pourquoi?
– Parce que tu refuses de voir mes films de zombies sous prétexte que c’est nul…
– Excuse-moi, mais des morts qui reviennent à la vie et qui mangent des gens qui ensuite se transforment en zombies aussi, c’est un peu con…
– Mais c’est pas con! Tu te rends compte que j’essaie d’avoir une conversation sérieuse avec toi et que tu méprises mes questionnements, alors qu’ils sont complètement légitimes?
– Légitimes? On parle de zombies!
– Oui et bé si un jour un zombie frappe à notre porte, compte pas sur moi pour t’aider!
– Ah c’est beau l’amour avec toi!
– Tu me parles d’amour? Tu es prête à sacrifier nos vies pour un enfant inexistant!
– Attaqué par des zombies inexistants!
– Pour le moment! »

Après ça, elle a levé les yeux au ciel et a soupiré. Notre communication sur le sujet semblait compliqué, il fallait trouver un autre angle d’attaque, comprendre sa psychologie en cas d’invasion de zombies.

« Bon, lui dis-je, supposons que tu es au boulot quand ça arrive. Tu fais quoi?
– Je sais pas… Je prends mes couverts dans mon tiroir.
– Tu penses vraiment pouvoir tuer un zombie avec une fourchette ou un Opinel?
– Paf! Dans le front!
– Mais c’est dur de traverser un os, surtout le front! Si tu te rates tu as ton bras proche de sa bouche et c’est fini pour toi!
– OK… Alors… Je fais quoi?
– Il te faut quelque chose pour les maintenir à distance. Genre un balaie.
– Le placard à balaie est à 10 mètres de mon bureau…
– Tu auras le temps d’y aller, tu entendras les gens crier. Et après?
– Euh… Je tape les zombies avec le balaie?
– Non, tu t’organises avec tes collègues. Il faut trouver une issue facile d’accès. Et faut se donner un objectif. Ne pas aller au hasard. Et toujours avoir un plan B.
– Un plan B?
– Oui, au cas où le premier plan, le plan A, ne fonctionnerait pas.
– Donc je sors par où ?
– La question est surtout de savoir si tu dois sortir ou non…
– Finalement, je reste dans les locaux?
– Tu dois évaluer le danger à l’intérieur et à l’extérieur. Si tu sors dans la rue, est-ce qu’il y a beaucoup de zombies? Sais-tu où aller?
– Ah oui… J’essaie de te retrouver?
– Non, d’abord tu t’organises et tu évalues les forces en présence. La plupart des personnes qui travaillent avec toi sont âgées. Elles seront les plus vulnérables.
– Je dois donc les protéger?
– Non, tu dois veiller à ce qu’elles ne t’empêchent pas de survivre…
– Donc je les sacrifie aussi?
– Pas nécessairement. Mais quelqu’un d’inutile dans ce genre de cas, est un poids mort. Tu dois en avoir conscience et prendre la bonne décision le moment venu.
– Le moment venu?
– Le moment où cette personne vulnérable te mettra en danger…
– Ah OK. Et on se retrouve comment nous?
– C’est là que cette conversation est primodiale, on doit décider aujourd’hui ce qu’on devra faire en cas d’invasion zombie. Il nous faut des points de raliements, des armes, des provisions.
– Tu veux qu’on fasse des courses au cas où?
– Non, on trouvera toujours des conserves, ça m’inquiète pas. Bon, tu travailles à Villeurbanne. Si l’invasion commence à ce moment là, je dois te retrouver quelque part… Sauf que Villeurbanne est vraiment le genre de ville dangereuse en cas d’invasion zombie…
– Pourquoi?
– Très peu d’espaces… Plein de petites rues surchargées. C’est une cille qui a connu une urbanisation anarchique. Sortir te mettrait en danger. Rester avec tes collègues aussi. Y’a toujours quelqu’un qui fait n’importe quoi, c’est quasi-scientifique…
– Alors on fait quoi?
– Regardons sur Google Map… Voilà… Regarde, là c’est toi…

map– Oh! T’as mis un coeur c’est mignon!
– Ce n’est pas parce que c’est la fin du monde que je ne peux pas être romantique!
– T’es jamais romantique!
– Comment ça? Je suis romantique! Je réfléchis à comment te sauver la vie en cas d’attaque de zombies!
– Oui et bien ça fait un peu macho aussi! Genre je ne peux pas me débrouiller toute seule?
– Mais t’y connais quoi en zombies?
– Et toi? T’en as déjà rencontrés peut-être ?!!!
– Bon… Euh… La logique et la prudence voudraient que je ne vienne pas te chercher. On devrait se retrouver quelque part. Un lieu sûr. Genre le Parc de la Tête d’or. Tu files là-bas, tu prends un pédalo et tu m’attends au milieu du lac. Moi je viendrais à vélo avec le canoë gonflable. De là on file sur le Rhône et on se met à l’abri sur le fleuve.
– Et le chat?
– Quoi le chat?
– Il faut qu’il vienne avec nous!
– Mais… Y’a des zombies partout!
– Mais je veux pas que notre chat meurt!
– Tu veux que personne meurt!
– Bien sûr que je veux que personne ne meurt!
– Mais y’a des zombies partout! Ils ont faim!
– Écoute, soit tu sauves le chat, soit on arrête cette conversation! »

J’ai choisi de sauver le chat. Faut dire que je l’adore mon chat. Le truc avec les invasions zombies, c’est que théoriquement c’est assez facile de savoir quoi faire. Sauf que lorsqu’on y réfléchit un peu, on veut sauver tout le monde… Sa famille, ses amis, ses bêtes…

Je ne veux pas passer pour un insensible, mais quand vient l’apocalypse, il ne faut pas faire dans le sentimentalisme. Le mieux si des zombies se pointent, c’est de prendre un bateau et de vite apprendre à pêcher!

« Mais on a le mal de mer!
– Certes, mais je préfère vomir que mourir!
– Et puis il est interdit de manger les poissons dans le Rhône! C’est trop pollué!
– Putain! Mais on s’en fout! C’est la fin du monde bordel de merde! Damned… Je vais peut-être choisir le camp des zombies finalement moi… »

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